Le temps contre l'argent : le dilemme du médecin

“J’ai quitté l’hôpital public pour un hôpital privé… mais je veux rester accessible. ”

C’est un médecin spécialiste qui m’a dit cette phrase hier. Et je me suis revue, il y a moins de deux ans. Pendant nos études de médecine, on nous apprend à diagnostiquer, à traiter, à sauver des vies. On nous apprend à tout donner.

Mais on ne nous apprend jamais à créer un cabinet, à gérer une entreprise ou à construire une médecine durable. Encore moins à donner une valeur à notre temps. Nous sommes formés dans une culture où l’on apprend à suivre les règles, à ne pas remettre en question le système, à accepter les contraintes comme une fatalité.

Mais être un bon médecin ne signifie pas seulement appliquer ce qu’on nous a appris. Cela signifie aussi avoir le courage de questionner un modèle lorsqu’il ne permet plus de soigner correctement.

À force d’évoluer dans un système où notre travail est sous-valorisé, on finit par intégrer une idée profondément ancrée : notre temps ne vaut pas grand-chose.

Alors comment demander à un patient de payer ?

Je crois que beaucoup de médecins vivent avec cette culpabilité. Moi aussi. Mais en 18 mois, plus de 3 200 patients nous font confiance.

Parce qu’ils cherchaient mieux.

Ils cherchaient du temps.

Des explications.

Une vision globale de leur santé.

Une expérience digne de ce nom.

Un prix élevé n'est pas une garantie de qualité. Mais, idéalement, des honoraires plus élevés permettent au médecin de consacrer davantage de temps à chaque patient, de réaliser une évaluation plus approfondie et personnalisée plutôt qu'une médecine de volume.

Bien sûr, il existe aussi des charlatans qui demandent des honoraires exorbitants ou prescrivent des examens ou biomarqueurs inutiles. On voit également émerger des start ups qui surfent sur la tendance de la médecine préventive en proposant des prises de sang « analysées par l'IA », parfois avec la promesse qu'un médecin les a revues. Pourtant, une simple prise de sang, même interprétée par un médecin ou un algorithme, ne permet malheureusement pas à elle seule d'évaluer correctement le profil de risque d'une personne.

Il y a 17 mois, j’ai fait le choix de me déconventionner. C’est l’une des meilleures décisions de ma vie, car elle m’a permis de pratiquer enfin une médecine qui correspond à mes valeurs.

Aujourd’hui, je peux leur offrir un environnement exceptionnel.

Un lieu pensé autour du patient, probablement l’un des plus beaux centres médicaux de Belgique, avec des équipements de pointe, supérieurs à ceux que certains hôpitaux peuvent acquérir.

Mais surtout, nous avons construit un véritable écosystème de santé connecté : une application intégrée à notre logiciel médical, qui permet aux patients de suivre l’évolution de leurs données de santé dans le temps, de visualiser leurs progrès grâce au tracking de leurs data et de recevoir des rapports médicaux rédigés pour eux.

Parce que la médecine de demain ne sera pas seulement une succession de consultations ponctuelles. Elle sera continue, personnalisée et basée sur la compréhension de l’évolution de chaque patient.

Mais ce dont je suis la plus fière, ce n'est ni le bâtiment, ni la technologie… (même si, je l'avoue, je suis quand même très fière de notre technologie 🫶).

C’est le temps.

À l’hôpital, je devais voir un patient en 15 minutes. Quinze minutes. Avec le recul, je me rends compte que je pratiquais une médecine qui avait finalement pas beaucoup d'impact sur la trajectoire de santé de mes patients.

Nous avons construit un système extraordinaire pour intervenir lorsque la maladie est déjà présente mais rien pour l'empêcher d'apparaître car ce n’est pas rentable.

Notre système hospitalier fait un travail remarquable, souvent avec des moyens de plus en plus contraints. Les professionnels de santé accomplissent des miracles chaque jour.

Mais ils s’épuisent.

Je le sais parce que je l’ai vécu moi-même.

Ce qui est frustrant, c’est que notre système valorise principalement l’acte technique, mais beaucoup moins le temps passé à écouter, expliquer, comprendre et prévenir.

Pourtant, un médecin valorisé est un meilleur médecin.

Je pense qu’il est temps que nous, médecins, prenions aussi notre part de responsabilité.

Oui, notre système ne valorise pas suffisamment notre travail. Mais nous avons aussi accepté pendant trop longtemps un modèle qui n’est pas viable : demander toujours plus d’investissement, de responsabilités et de temps, tout en maintenant une rémunération qui ne permet pas de pratiquer une médecine de qualité.

Aucun autre indépendant n’accepterait de fonctionner ainsi.

Vouloir rester accessible est essentiel. Mais l’accessibilité ne peut pas se construire au prix de l’épuisement des soignants.

Un centre médical qui souhaite être accessible au plus grand nombre, mais qui n’est pas économiquement viable, finit malheureusement par disparaître.

Un médecin qui doit voir trop de patients par jour finit par perdre ce qui fait la valeur de son métier : le temps, l’écoute et la relation humaine.

Je crois encore à une médecine plus humaine, plus personnalisée et plus préventive. Une médecine où l’on ne se contente pas de traiter la maladie. Une médecine où l’on construit la santé.

Parce qu’il est temps de faire du healthcare, et plus seulement du sickcare.